Ma grand-mère rêvait d’aller à Nouméa, où avait vécu un de ses oncles, frère de sa mère Zélie. Bien qu’elle ne l’eût pas connu, elle le considérait comme un personnage exceptionnel, ce que j’appelle, un peu ironiquement, une gloire familiale…

Il s’appelait Victor Tant et avait selon elle joué un rôle dans l’Histoire des télécommunications ultramarines en établissant la première liaison par télégraphe optique entre Nouméa et une île de l’archipel calédonien, rien que ça ! De quoi éveiller ma curiosité…
J’ai donc étudié les archives de ma grand-mère, composées de photographies, de lettres et de coupures de journaux. Au fil du temps, j’ai enrichi la collection grâce aux ressources d’internet et j’ai pu mieux connaître mon arrière-grand-oncle.
Victor Louis Oscar Tant est né à Watten, dans le Nord, le 24 mars 1851, fils de Martin, tourneur en bois, et de Eléonore Coolos, épicière à Watten.
Cette origine modeste ne l’empêchera pas de devenir « quelqu’un »…
Je n’ai pas de renseignements sur sa prime jeunesse. Le premier document que j’ai trouvé, le registre matricule, m’apprend qu’il est « libéré par son numéro », donc qu’il n’a pas effectué de service militaire, et qu’il est tourneur en bois de profession, comme son père.
Le second élément dont je dispose est un état de service émanant du Régiment d’Infanterie de Dunkerque, qui le signale « Compris dans le contingent comme bon absent » et mentionne qu’à la date du 1er juillet 1870 (donc à 19 ans), Victor est chef du bureau télégraphique à Nouméa.

C’est à Nouméa, bien loin de son Nord natal, qu’il s’installera et effectuera toute sa carrière, gravissant tous les échelons jusqu’à devenir le chef du service des Postes et Télégraphes de Nouvelle Calédonie et obtenir enfin le grade d’inspecteur à compter du 1er octobre 1891.

Il s’est manifestement beaucoup impliqué dans sa profession.
L’une de ses actions remarquables concerne le remplacement d’un câble télégraphique sous-marin entre la presqu’île Ducos et l’île Nou (toujours aux environs de Nouméa).
Le rapport présenté à l’Assemblée départementale de Nouvelle-Calédonie en août 1885 détaille les travaux et réalisations effectués sous la direction de Victor Tant, et notamment la réparation de la communication télégraphique entre ces deux points du territoire.
Cette liaison était nécessaire à l’Administration, l’île Nou étant à l’époque occupée par un pénitencier. (La Nouvelle-Calédonie a été de 1864 à 1897 un lieu de déportation des condamnés français. Cela durera jusqu’en 1931 pour les prisonniers politiques.)
L’histoire de ce câble est assez intéressante. Elle montre que l’on ne gaspillait rien et que l’on savait recycler le matériel au XIXè siècle !..
Plus tard, en 1891, il crée le télégraphe optique entre le cap N’Doua (à l’Est de Nouméa) et l’ïle des Pins (autre pénitencier).
C’est à cette action que ma grand-mère faisait référence.
Dans une lettre à sa mère, Victor signale qu’il a reçu le témoignage de satisfaction du Gouverneur.
Peu après, en octobre, il verra son traitement sensiblement augmenté.


Il y a bien sûr d’autres exemples de l’action de Victor Tant à la tête du service des Postes et Télégraphes de Nouméa dans la dernière partie du XIXè siècle.
Il semble qu’il ait été très apprécié, si l’on en juge par l’article fort élogieux qui lui est consacré.
Au moins, c’est très flatteur, et personne n’est oublié : le Chef, les autres responsables, et l’Administration !
Victor a donc fait toute sa carrière à Nouméa. Il y a aussi fondé une famille.
Il s’y est marié le 13 février 1884 avec Arthémise (dite Amélie) Meunier, née à Paris en 1865. Il a alors 33 ans et elle en a 18 et demi. Ils auront cinq enfants, un garçon et quatre filles : Alice, née en 1887, Victor en 1888, Marthe en 1890, Marcelle en 1891, et Suzanne en 1896.
Malheureusement, Victor et Marthe ne vivront qu’un an. Seules Alice, Marcelle et Suzanne survivront à leur père, décédé à Nouméa le 9 février 1897, âgé de seulement 46 ans.

Mes recherches m’ont apporté une grande surprise : par hasard, j’ai découvert qu’il existe une rue Victor Tant à Bourail, une importante localité située à environ 160 km à l’Ouest de Nouméa.
Existe-t-il une relation entre « mon » Victor Tant et le nom de cette voie, ou s’agit-il d’un homonyme ?
L’agence de l’Office des Postes et Télécommunication (OPT) de Nouvelle-Calédonie à Bourail est située dans cette rue. Est-ce un hasard ?
Les documents obtenus auprès de l’OPT ne m’ont pas permis de répondre à ces questions.
J’ai beau chercher dans les archives, je ne parviens pas à trouver une explication.
J’aimerais bien sûr réaliser le rêve de ma grand-mère et aller enquêter sur place, mais le voyage est un peu difficile…
Il me reste la possibilité de solliciter Monsieur le Maire de Bourail, en espérant que les archives communales – si elles mentionnent l’origine des voies – pourront m’éclairer. De par mon ancienne profession, je connais la charge de travail des élus locaux… mais aussi leur passion pour leur territoire et leur disponibilité.
Il me reste encore plusieurs autres recherches à mener et à relater…
Victor est mort relativement jeune, même pour son époque, à 46 ans. Que sont devenues ses filles et son épouse?
Quels souvenirs, quelles traces, quelle descendance a-t-il laissés ?
Bonjour Monsieur Manot.
Merci d’avoir regardé « lignages ». J’ai un peu délaissé ce blog et je suis très content qu’il soit encore consulté.
En ce qui concerne Victor Tant, je crains de ne pouvoir vous fournir beaucoup plus de renseignements que ceux déjà mis en ligne. Je vais cependant regarder à nouveau dans les « archives » familiales, il me reste peut-être des éléments à utiliser au niveau des télégraphes. J’ai aussi quelques documents concernant sa vie personnelle que je n’ai pas publiés. Dites-moi si vous êtes intéressé. Je serais ravi d’échanger avec vous sur Victor Tant, qui a occupé une large part de mes recherches généalogiques… et qui peut encore faire l’objet de recherches.
bonjour je travaille sur un aperçu historique lié aux débuts du télégraphe en Nouvelle-Calédonie centré sur M.Guette qui a assuré un interim de chef de service en 1874 puis en 1881 avant son décès. J’évoque évidemment les débuts de M.Tant. Je serai intéressé pour échanger avec vous. merci d’avance.