Si loin de Nouméa…

Après avoir présenté la carrière néo-calédonnienne de mon arrière-grand-oncle Victor Tant (Voir l’article Si loin du Nord), j’aurais souhaité évoquer sa vie familiale, mais outre la documentation transmise par mes aïeules, je ne dispose que des actes d’état-civil récupérés sur le site des Archives nationales d’Outre-mer et des transcriptions des actes de baptême des enfants.
Je connais simplement le domicile, puisque Victor, en sa qualité de directeur des services, disposait d’un logement à la Poste de Nouméa, alors située rue de Rivoli. (La rue n’existe plus sous ce nom à l’heure actuelle.)
Le logement du directeur est sur la partie droite de la photo.
Victor y est décédé et les enfants y sont nés, sauf la dernière, Suzanne, née rue de la République, apparemment nouvelle résidence familiale.

La poste de Nouméa vers 1890
Amélie à 18 ans

Victor et Amélie se sont mariés en 1884. Ils sont âgés respectivement de 33 et de 18 ans et demi. C’est une différence importante. On pourrait supposer une union imposée par une circonstance particulière, mais je n’ai rien trouvé permettant de l’affirmer.
Mariage d’amour, donc.
Mariage fécond, puisque cinq enfants en seront issus entre 1887 et 1896. Comme je l’ai dit dans l’article précédent, deux ne vivront pas au-delà d’un an. Tous ont été baptisés à Nouméa. (Source : relevé des baptêmes et ondoiements en Nouvelle-Calédonie effectués par l’association Généocal -qui ne semble plus en activité- et disponible sur Calameo.)

Le parrain de l’aînée, Alice, est son grand-père, Eugène Meunier, le père d’Amélie. J’ai relevé une particularité sur la transcription du baptême d’Alice : sa marraine est Alice Tant. Cela n’a rien d’étonnant pour le prénom : l’usage a longtemps fait que le prénom de l’enfant – ou l’un de ses prénoms – soit celui du parrain ou de la marraine. Mais qui pourrait être cette autre Alice Tant ? Le patronyme n’est pas si courant, je ne connais pas d’autre Alice dans cette famille, et deux Tant à Nouméa en même… temps peut surprendre. Vraie homonymie ou erreur de transcription ? Une petite (?) énigme à résoudre…

Alice à 3 ans

Marcelle, la troisième fille, née le 12 juin 1891 est baptisée le 9 août suivant.

La cadette, Suzanne, est née le 17 juin 1896, mais n’a été baptisée que le 6 juin 1897, alors que Victor était déjà décédé. Pourquoi un tel délai, alors que les autres enfants ont été baptisés dans les jours ou les semaines suivant leur venue au monde ? À noter qu’elle est nommée Marie Joséphine au baptême alors que les prénoms de Suzanne Paule Marie figurent sur son acte de naissance.

Malgré l’éloignement, Victor a gardé le contact avec sa mère et sa sœur Zélie. Il a d’ailleurs donné à celle-ci, par acte notarié passé à Nouméa le 18 avril 1890 en l’étude de Me Chanvallon un pouvoir pour « recueillir toutes les successions échues ou qui peuvent lui échoir par la suite ».

Il envoyait régulièrement des lettres, des photos, des coupures de journal dont plusieurs illustrent mes articles. Il a aussi envoyé des souvenirs à ses parentes.

Parmi les objets conservés figure notamment… une carapace de tortue marine qui « orne » aujourd’hui une pièce secondaire de mon habitation.
La réalisation de ce genre de « trophée » est certainement condamnable de nos jours, mais celui-ci ayant au moins 130 ans, je pense qu’il y a prescription…

S’il ne m’a pas été possible de retracer la vie familiale à Nouméa, je connais le devenir d’Amélie et de ses trois filles.
Gallica m’a donné la première information concernant Amélie : le Journal officiel du 3 octobre 1897 mentionne l’attribution d’une pension à la veuve de Victor Tant.

À noter que la durée de service mentionnée (37 ans) est erronée, elle est en fait de 27 ans.

C’est l’acte de naissance de Marcelle, la troisième fille de Victor et Amélie qui apporte les éléments essentiels pour démarrer la recherche, grâce à deux mentions marginales.
La première indique un mariage avec M. Paul D… célébré à Aix-en-Provence le 25 septembre 1914.
La seconde concerne le décès de Marcelle, survenu le 9 décembre 1978 à Marseille.

Par chance, le site cimetières-de-France.fr me permet de découvrir que Marcelle repose à Éguilles, près d’Aix-en-Provence, avec son époux, sa sœur Suzanne et sa mère Amélie. Toutes avaient donc vécu dans cette région.

Comment étaient-elles arrivées là ? Et pourquoi là ?

Je n’ai pas de réponses certaines à ces questions. Pourtant, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un choix d’Amélie. Ses filles ont toujours vécu à Nouméa, elle-même y a passé une grande partie de sa vie (au décès de Victor elle a 32 ans), si l’on considère qu’elle a rejoint très jeune son père à Nouméa. Je consacrerai un article au père d’Amélie, son parcours est intéressant.

Le lieu de sépulture d’Amélie et de ses filles laisse supposer qu’elles habitaient Éguilles.

J’ai donc consulté les recensements de cette localité. Celui de 1901 m’apprend que Amélie Meunier, veuve Tant, habite rue de la garde avec ses filles Suzanne et Marcelle (on ne parle pas d’Alice) et que Amélie est receveur des postes. Il est possible qu’elle ait obtenu cette fonction en raison de la position de son conjoint, sans peut-être pouvoir choisir son lieu d’affectation.
Ce n’est qu’une supposition, mais cela est plausible. Une recherche aux archives des PTT pourra peut-être confirmer cela.

Amélie a donc quitté la Nouvelle-Calédonie avec ses trois filles. Malheureusement Alice, l’aînée, disparaît en 1903, âgée de seulement 15 ans. Elle est donc la première inhumée à Éguilles. Sa sœur Suzanne, la cadette, décède en 1920 à Aix-en-Provence. Elle est âgée de 23 ans et célibataire.

Le site cimetières de France m’avait appris qu’Amélie était décédée en 1942. Un avis de décès paru dans « Le petit Marseillais » du 23 décembre 1942 m’apporte la date exacte : le 21 décembre.

Marcelle est donc la dernière fille de Victor et Amélie. Elle disparaît en 1978.

Paul, son époux, décède à Aix-en-Provence en 1936, âgé de seulement 50 ans.

La recherche d’une éventuelle descendance de Marcelle et Paul s’est révélée ardue jusqu’à ce que je trouve l’avis de décès dans le journal. Il est difficile de recourir aux archives en ligne, sans avoir d’indice précis sur les dates et les lieux des différents événements et certains actes, relativement récents, ne seraient de toute façon pas communicables.

Mais l’avis de décès du « petit Marseillais » est une importante source d’information car il cite de nombreuses personnes liées à Amélie.

Les membres de la famille cités sont Marcelle, sa fille, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Ces noms et prénoms ajoutés à d’autres éléments collectés par ailleurs constituent la descendance d’Amélie et de Victor.

S’il n’est pas possible de la détailler ici car les dates sont trop proches, j’espère pouvoir contacter des descendants.

Cela fournirait une belle conclusion à cette recherche qui m’a apporté tant de surprises, et donné le sentiment d’avoir gardé le lien avec Zélie et Victor, en pensant à ma grand-mère. Celle-ci, décédée seulement un an avant Marcelle, aurait certainement été heureuse de connaître une fille de cet oncle dont elle parlait si souvent…

Pour cette recherche, j’ai utilisé de nombreuses ressources : les archives familiales, le site ANOM, Gallica, la presse ancienne, les recensements, Généanet, le site cimetières de France et le fichier de l’INSEE. J’envisage bien sûr d’approfondir cette enquête à l’occasion d’un séjour dans le Sud.

Mise à jour du 21 avril 2024

Après beaucoup de recherches avec différents outils (recensements, annuaires professionnels, annuaires pages jaunes, réseaux sociaux et… persévérance et chance !) j’ai pu contacter des descendants directs de Victor Tant. J’espère pouvoir échanger avec eux et peut-être découvrir des éléments nouveaux, ou bien sûr leur en fournir.

À suivre ?

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